Publié par Formation Médicale Continue

Capture-d-ecran-2014-06-04-a-12.47.31.jpg          Quatre cotisants pour un retraité ou un cotisant pour un retraité changent beaucoup de choses 1 La démo­ graphie est le b.a.-ba de la retraite, bien avant les autres facteurs. Une bonne gestion des retraites c'est prévoir cette démographie, et cela peut se faire sur 30-40 ans, avec une marge d'er­ reur faible.

 

Pour anticiper, il faut prévoir, et pour prévoir, il faut des experts.

En matière de retraite, ces experts s'appellent des actuaires. Les experts, on le sait se trompent toujours dans leurs prévisions.

Toutefois les actuaires sont les seuls experts échap­ pant à cette règle. En effet, leur rôle est de prévoir que celui qui a 30 ans aujourd'hui, en aura 65 dans 35 ans, la marge d'erreur est on le voit très faible.

 

          Ces projections obéissent à d'autres facteurs moins certains sur le long terme, comme la féminisation. L.:évolution ne se fait toutefois pas du jour au lendemain, mais sur des dizaines d'années, permet­ tant d'ajuster ces projections avec l'évo­ lution de la société, tout en gardant une précision redoutable sur le long terme.

          Là où les choses se gâtent c'est quand à ces évolutions naturelles se surajoutent des facteurs comme le numerus clausus. Un jour 8 000 étudiants, le lendemain 3 000, le surlendemain 7 000. Cela reste toutefois contrôlable. Quand on voit le résultat de nos projections, même celles faites il y a 40 ans, on reste pantois.


Si les conséquences des évolutions natu­relles aggravées par des interventions politiques intempestives sont parfaite­ ment gérables en matière de retraite, cela l'est moins en matière de santé publique. Certaines décisions purement comp­ tables, « diminuer l'offre pour diminuer la demande », sont en passe de provoquer une catastrophe sanitaire.

 

           Il Y abientôt dix ans, alors qu'il en était encore temps, fort de nos projec­ tions, j'avais essayé de tirer la sonnette d'alarme. Constatant le peu d'installations en libéral dans les bulletins de l'Ordre de l'Isère, nous avions évoqué le problème en Conseil d'administration. j'avais alors écrit au Président de l'Ordre National pour savoir s'il en était de même sur toute la France, mais il n'y avait pas de statis­ tiques fiables, certains départements n'en faisant pas. Nous avions poursuivi et organisé une conférence de presse dans l'indifférence totale de tous les médias et responsables invités.


           Depuis l'Ordre s'en est préoccupé et édite régulièrement un travail remar­ quable. Il fait passer certains messages comme la pénurie, la désaffection pour le secteur libéral, le remplacement par des diplômés non hexagonaux. Il cite souvent la Roumanie, lui attribuant parfois jusqu'à 25 % des nouveaux inscrits. Pourquoi les roumains? Parce qu'ils ont été de bons gestionnaires anticipant l'avenir de leurs enfants. Alors que chez nous, avecla répu­ tation mondiale de notre médecine, nous avions les moyens de former nos enfants pour qu'ils trouvent du travail chez nous ou ailleurs, nous les avons empêché de faire médecine. Les roumains ont fait le contraire, en créant des études de méde­ cine en langue française pour permettre à leurs enfants de s'exporter s'ils ne trou­ vaient pas assez de travail chez eux!


          Pire, le résultat a été l'inverse de celui escompté sur les dépenses. S'il y a des experts qui ne se trompent pas, il en est d'autres qui se trompent lourdement. Pourtant pléthore de médecins n'aurait pas nui aux dépenses : il n'y a qu'une règle économique qui dirige le monde depuis qu'il existe: la loi de l'offre et de la demande. Toutes les tentatives de contrôle de cette règle, quel que soit le système économique en place, ont été des échecs, on ne lutte pas contre la nature.

 

Trop de médecins? On va alors vers le meilleur rapport qualité / prix, encore faut-il que le consommateur ait une part de responsabilité, c'est un autre problème, qui conduira aux mêmes échecs.

Nous avons appris dans le cc Figaro économique» du 20 avril que grâce, ou à cause, notamment des roumains, nous allions vers un excès de médecins vers 2020. Cela me laisse plus que perplexe.

 

        Où sont passées les 8 000 infirmières espagnoles arrivées chez nous il y a 15-20 ans? Pourquoi les premiers méde­ cins roumains repartent ? Tous sont venus pour gagner plus, mais repartent car ils vivent moins bien que chez eux.

        C'est en améliorant les conditions de travail, en respectant ce travail que l'on réglera nos problèmes, pas en comptant sur les autres.


         Voilà que maintenant on compte aussi sur les retraités pour corriger ces fautes de gestion de la démographie. Les méde­ cins n'auraient-ils pas droit à une retraite tranquille après une vie de dévouement au-delà de n'importe quelle profession? Au lieu de cela on les culpabilise, on abuse de leur bonne conscience, en leur demandant de ne pas laisser tomber leurs patients, quitte à supprimer leur retraite.


Certains médecins ont tellement donné pendant des années qu'ils ne savent plus quoi faire d'autre, une sorte de syndrome de Stockholm dont les responsables semblent se réjouir. Je n'irai pas jusqu'à leur suggérer de supprimer la CARMF pour être plus efficaces, ils risqueraient de le faire ."

 

source

 

 Démographie,Roumanie,politique,économie  éditorial de la CARMF de Juin 2014

 

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