Publié par Formation Médicale Continue

 

La vaccination des migrants en France; quels problèmes? Quelles recommandations ?

Selon la définition adoptée par le Haut Conseil à l'Intégration, un immigré est une personne née à l'étranger et résidant en France, qu’il ait acquis ou non la nationalité française. (source INSEE).
Les données de
l’Insee de 2010 comptent 5,5 millions d’immigrés vivant actuellement en France. La majorité est issue du continent africain (42,8%), 37,4% sont issus d’Europe, 14,3% d’Asie et 5,4% des Amériques et de l’Océanie. La population migrante représente donc près de 8,5% de la population du pays mais ces chiffres ne prennent pas en compte l’immigration clandestine.

Selon Médecins Du Monde, les freins à l’accès à la santé sont principalement la barrière linguistique (26%) et la peur de l’arrestation (60%). Les expulsions et la sectorisation des services de PMI (qui réduit l’accès à ses consultations aux seules personnes disposant d’une domiciliation dans son secteur) grèvent également les campagnes de vaccination humanitaire1,2.

En outre la condition de migrant (surtout lorsqu’elle est récente) est liée à des risques accrus de pathologies acquises dans le pays d’origine, comme la tuberculose, les hépatites virales, la rougeole ou le VIH3,4. Les migrants font par ailleurs plus souvent face que les non-migrants à des situations sociales précaires favorisant la transmission de maladies infectieuses. S’ajoute une difficulté d’accès aux soins compte-tenu d’une certaine méconnaissance et complexité du parcours administratif français en matière de protection médicale, d’un faible niveau d’information sur les maladies à prévention vaccinale, d’une perception des risques sous-évaluée (hépatites virales notamment) 5,6, et d’un coût parfoisélevé d’avance de frais. L’Aide Médicale d’État (AME) ne peut par exemple être obtenue qu’après un minimum de 3 mois sur le territoire7.

A l’occasion d’une étude qualitative sur la simplification du parcours vaccinal français menée au réseau Sentinelles ( cliquez ici pour plus de détails sur l’étude ), les propos recueillis ont notamment permis de pointer certaines difficultés rencontrées par les généralistes pour la vaccination des migrants:

« dans l'île de France, (...) on voit beaucoup de patients bénéficiaires de L'AME qui sont en situations irrégulières, c'est une population migrante. Les enfants, quand ils sont scolarisés, ont à peu près les vaccins à jour. Par contre les parents en général ne sont absolument pas à jour, il y a des jeunes parents qui n'ont jamais eu aucun vaccin de leur vie.»

« [vacciner] les populations migrantes, ce n'est pas évident » « les populations migrantes sont à jour de pas grand-chose »

En Europe, les recommandations vaccinales pour les migrants ne sont pas uniformisées. Les parcours de soins sont multiples et parfois complexes pour des primo-arrivants comme pour le médecin, surtout lorsque la personne a changé plusieurs fois de pays, ou égaré son carnet de vaccination lors de son parcours migratoire. Aux États-Unis, il existe des recommandations officielles et détaillées pour la prise en charge et la vaccination des migrants, selon leurs pays d’origine ( vous pouvez trouver ces informations détaillées ici ).

 

 

En fonction des situations, les migrants peuvent avoir recours à différentes structures en France :
Étrangers en situation régulière (séjour de trois mois et plus) :

visite médicale obligatoire auprès de l’OFII (Office Français de l’Intégration et de l’Immigration). Créé en 2009, l’OFII est désormais le seul opérateur de l’Etat en charge de l’immigration légale. Cet organisme aujourd’hui placé sous la tutelle du Ministère de l’Intérieur, remplit quatre principales missions que l’Etat lui a déléguées :

- La gestion des procédures régulières aux côtés ou pour le compte des préfectures et des postes diplomatiques et consulaires ;

- L’accueil et l’intégration des immigrés autorisés à séjourner durablement en France et signataires à ce titre d’un contrat d’accueil et d’intégration avec l’Etat ;

- L’accueil des demandeurs d’asile ;
-
L’aide au retour et à la réinsertion des étrangers dans leur

pays d’origine.

Si la personne n’est pas vaccinée elle est orientée vers les soins du droit commun avec un document mentionnant les recommandations pour la mise à jour des vaccinations. Elle doit ensuite se présenter auprès du médecin de son choix munie de ce document. Aucun système de suivi de la personne n’est actuellement mis en place.

Demandeurs d’asile : pour les personnes admises en CADA (Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile), des séances de vaccinations gratuites sont systématiquement organisés par le CLAT 8 (Centre de Lutte Anti Tuberculose).

Migrants sans papiers : il existe une Permanence d’Accès aux Soins de Santé ( P ASS ). Ce sont des cellules de prise en charge médico-sociale mises en place par les établissements publics et privés de santé dans le cadre des programmes régionaux pour l’accès à la prévention et aux soins (PRAPS). Ces PASS ont aussi pour fonction d’accompagner les personnes dans les démarches nécessaires à la reconnaissance de leurs droits, notamment en matière de couverture sociale. Lors de la visite au PASS le statut vaccinal est questionné. Des structures telles que Médecin du Monde proposent des services équivalents. Ces structures orientent le patient vers des lieux de vaccination quand elles n’ont pas de vaccins à disposition.

Rappeldesrecommandationspourlavaccinationdes migrants

En fonction de l’âge du patient et des informations dont il dispose éventuellement sur ses vaccinations passées, le Comité Technique des Vaccinations (CTV) propose un schéma vaccinal que devrait avoir reçu chaque migrant, à compléter au cas par cas (voir tableau)

Casparticuliers de la varicelle:

Il n’y a pas de recommandation vaccinale pour les migrants en France. Pourtant les migrants issus de régions tropicales sont particulièrement à risque car la varicelle y est beaucoup moins fréquente qu’en France où la vaccination est recommandée uniquement pour : Les adolescents de 12 à 18 ans sans antécédent connu (clinique) de varicelle, les femmes en âge de procréer sans antécédents et les femmes sans antécédent clinique connu suite à une 1ère grossesse. Il semblerait judicieux de s’interroger pour chaque personne migrante arrivant d’un pays tropical sur l’opportunité de cette vaccination (vaccins Varilix® ou Varivax®)

 

Auteur : Fanette Blaizeau

 

 

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