Publié par Quotimed

Mais où vont les nouveaux médecins ?

          Autrefois considérée comme la forme la plus noble de l’exercice médical, l’installation en exercice libéral, avec moins de 10 % des nouveaux inscrits, ne fait plus recette aujourd’hui.        
        Dans le même temps, le secteur hospitalier peine souvent à recruter.

Où vont exercer les médecins récemment formés ? « Le Quotidien » a tenté d’explorer des pistes de réponses.

LA PUBLICATION de l’Atlas de la démographie médicale de l’Ordre des médecins,
au début de l’automne  a livré son lot d’informations inquiétantes sur l’avenir de la médecine libérale.

On y apprend que malgré un accroissement de 1,2 % du nombre de médecins inscrits au tableau de l’Ordre (258 153), celui des médecins inscrits et en activité régulière a pour sa part, et pour la première fois, baissé de 2 % (199 736).

        Cet Atlas de la démographie a surtout mis en évidence le fait que moins d’un jeune diplômé sur dix fait le choix de s’installer en pratique libérale.



 
« Cette situation est assez inquiétante et laisse présager une offre de soins libérale raréfiée », commente le Dr Patrick Romestaing, président de la section Santé publique au Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM). Pour Bastien Balouet, président de l’ISNAR-IMG (internes de médecine générale), « il y a davantage rejet des contraintes de l’exercice libéral qu’adhésion à l’exercice salarié.

              Les jeunes générations ne veulent pas travailler autant que leurs aînés et recherchent une activité leur permettant d’avoir des congés payés, des congés maternité, et du temps libre ».

Paradoxe : si l’exercice libéral est aujourd’hui massivement boudé, le secteur hospitalier de son côté fait régulièrement état de difficultés à recruter. Où vont donc les médecins ?

          Au 1er janvier 2009, il y avait en France 258 153 médecins inscrits au tableau de l’Ordre. Parmi eux, 216 017 actifs et 42 136 retraités. L’Ordre recense 94 909 médecins généralistes (spécialistes de médecine générale ou non) et 101 199 médecins spécialistes.
        Quant aux praticiens hospitaliers titulaires, ils sont 33 835 à temps plein, 5 554 à temps partiel, et représentent, selon le Centre national de gestion (CNG), 61 % de l’ensemble des médecins hospitaliers. Mais 20,4 % de ces postes sont vacants, ce qui ne veut pas dire, selon le CNG, qu’ils soient inoccupés, car dans une proportion non négligeable des cas, ils sont tenus par un praticien hospitalier contractuel. Reste à savoir où exercent ces médecins qui semblent faire défaut tout autant au monde libéral qu’hospitalier. Une gageure dans la mesure où les statistiques sur ce thème sont presque toujours partielles. « Le Quotidien » a tenté d’énumérer, sans prétention à l’exhaustivité, les principales filières qui ont attiré des jeunes médecins ces dernières années, en dehors de l’exercice libéral et hospitalier.

• Médecins remplaçants. C’est clairement le mode d’exercice qui a le vent en poupe.
       « Entre 23 et 25 % des nouveaux inscrits au tableau de l’Ordre optent pour le remplacement, calcule Patrick Romestaing.
       C’est un phénomène récent qu’on observe depuis moins de 10 ans.
     Ces médecins apprécient d’avoir ainsi les avantages de l’exercice libéral sans les contraintes du cabinet, et ils annoncent clairement que c’est leur mode d’exercice pérenne ».

       Au 1er janvier 2009, l’Ordre en comptabilisait très précisément 9 999 (+ 5,5 % par rapport à 2008), même s’il reconnaît que leur nombre réel est encore plus élevé. Parmi eux, 3 987 ont moins de 40 ans. Puisque le remplacement est devenu mode d’exercice à part entière, un statut du médecin remplaçant est également en préparation.

• Administration publique de l’État ou des collectivités territoriales. Selon les chiffres de l’Ordre, ils sont 1 849 praticiens à travailler dans ce secteur, dont 15 jeunes diplômés inscrits pour la première fois au tableau de l’Ordre en 2008. Pour l’échelon de l’État, il s’agit notamment des médecins inspecteurs de santé publique. Quant aux collectivités territoriales, il s’agit surtout des médecins de PMI. Les collectivités territoriales recrutent de plus en plus de médecins, confirme l’Ordre, sans plus de précisions.

• Médecine du travail. Cette activité emploie 7 514 médecins, dont 62 jeunes diplômés en 2008. La médecine du travail est de plus en plus prisée par les jeunes générations.

• Industrie pharmaceutique. 1 088 médecins y travaillent, selon l’Ordre, dont 12 jeunes diplômés en 2008. À noter que l’industrie pharmaceutique, qui représente en France environ 100 000 emplois, recrute sensiblement moins qu’avant. Des plans sociaux ont même défrayé la chronique ces derniers mois.

Coordonnateurs d’EHPAD (Établissements d’hospitalisation pour personnes âgées dépendantes). 322 médecins y travaillent, dont 11 jeunes diplômés en 2008. À noter que cette activité est rarement exclusive. Mais avec le vieillissement de la population, nul doute que ce secteur sera de plus en plus porteur.

• Prévention. Un secteur qui compte 108 médecins, dont 3 jeunes diplômés en 2008.

• Médecins temporairement sans activité. Une "niche" à ne pas négliger dans la mesure où les médecins y sont tout de même 6 282 (+ 0,62 % par rapport à 2008). 2 727 d’entre eux ont entre 50 et 60 ans.

        Les jeunes médecins qui arrivent aujourd’hui sur le marché sont issus des numerus clausus de la fin des années quatre-vingt-dix.
       En 1997, le numerus clausus avait été fixé à 3 576. Il est reparti à la hausse au début des années 2000, et celui de 2010 est fixé à 7 400, comme le 2009.

      Ces générations plus nombreuses n’arriveront sur le marché qu’au début des années 2 020.

› HENRI DE SAINT ROMAN
Le Quotidien du  Médecin
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