Publié par Responsable éditorial

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Généralistes « multitâches » !

Analysant 6 200 consultations généralistes, une enquête menée par l’URPS « médecins » d’Ile-de-France met en lumière la multiplicité des tâches annexes (plusieurs dizaines par jour…) qui s’agrègent à la consultation, au-delà de l’interrogatoire du patient, de l’examen clinique et de la prescription. Des séances qui ont plusieurs motifs médicaux une fois sur deux. Une autre étude montre que les généralistes passent sept heures par semaine au téléphone.

LA DURÉE des consultations des généralistes est l’objet d’études régulières du ministère de la Santé (DREES) depuis une dizaine d’années. Mais pour la première fois, une enquête menée par l’Union « médecins libéraux » d’Ile-de-France (1) explore le contenu complet de ces séances. De juin à décembre 2010, 169 omnipraticiens ont colligé l’intégralité de 6 253 consultations pendant trois jours. Résultat : les interventions annexes et cumulatives (hors soin et télétransmission) prennent une place considérable dans l’emploi du temps des praticiens et grignotent le temps médical. « Les consultations sont complexes, chronophages et le médecin ne dédaigne pas s’investir pour son patient », résume le Dr José Clavero, secrétaire général adjoint (CSMF) de l’URPS.

• 30 tâches supplémentaires par jour

La consultation se limite rarement à l’interrogatoire, l’examen clinique, l’éducation thérapeutique, la prescription et la télétransmission. « Les médecins généralistes réalisent près de 30 tâches supplémentaires par jour », précise l’étude. Si l’on analyse précisément les 165 tâches annexes réalisées par un généraliste francilien sur une semaine type, on découvre la répartition suivante : 46 tâches concernent la prévention ou un conseil en santé, 31 portent sur l’administratif, 30 sont liées à la recherche médicale autour de la consultation, 26 sont des correspondances à un confrère, 20 sont consacrées aux rédactions de certificats hors motif de consultation et 12 sont des ordonnances marquées en actes gratuits. Un focus sur les tâches administratives/sociales met en lumière la prévalence des certificats médicaux, des arrêts de travail, autres prescriptions (bons de transport, entente préalable…) et des dossiers (protocoles, formulaires…).

• Des patients qui « regroupent » leurs problèmes médicaux

L’étude confirme le ressenti des généralistes : sous l’effet notamment de la crise et des habitudes de recours au médecin, l’acte de consultation, rémunéré comme tel, contient désormais une fois sur deux plusieurs motifs médicaux, les patients ayant tendance à regrouper leurs problèmes de santé sur un rendez-vous. En moyenne, « une consultation durant 17 minutes contient deux motifs médicaux ainsi qu’une tâche supplémentaire par acte », peut-on lire. Dans le détail, un tiers des consultations ont deux motifs médicaux, 11 % trois motifs et 4 % quatre motifs et plus… Mieux, 15 % des tâches qui s’agrègent à une consultation médicale concernent une autre personne que le patient reçu (parents, enfants…).

• Une zone grise non reconnue du métier

Nombre de tâches dites « cumulatives » identifiées par l’étude relèvent du métier de généraliste, souligneront certains. Mais cette vérité sur le contenu de leur activité, dans un contexte de pénurie de médecins, conduit l’URPS d’Ile-de-France à réclamer une prise en compte de ces statistiques en « valorisant la profession afin de libérer du temps médical ». Le message est clair : la consultation à 23 euros en secteur I (84 % des généralistes) est totalement inadaptée à l’évolution du métier. Ce qui relance le débat sur une nouvelle grille tarifaire des consultations (CCAM clinique) ou la mise en place de forfaits (secrétariat…) comme en Belgique (encadré). Cela va « au-delà de la simplification administrative », note l’étude. Le Dr Clavero souhaite que les pouvoirs publics reconnaissent le coût de la pratique « plus élevé en Ile-de-France qu’en province ». Plusieurs pistes sont imaginées par le secrétaire général de l’URPS : un C majoré ou un forfait administratif pour rémunérer les activités annexes à la consultation.

• Sept heures par semaine au téléphone 

C’est l’objet d’une deuxième enquête de l’URPS, dont les résultats seront annoncés prochainement. Les généralistes passent en moyenne sept heures par semaine au téléphone, 40 % pour des prises de rendez-vous et 60 % pour du téléconseil (réponses, résultats d’analyses…).

CYRILLE DUPUIS ET CHRISTOPHE GATTUSO

 

http://cmpmedica-m.neolane.net/nl/jsp/m.jsp?c=73bb1ccfce609bc3bb

(1) « Étude sur les tâches cumulatives réalisées par le médecin généraliste pour les patients lors de la consultation mais sans rapport direct avec celle-ci.
Questionnaire autoadministré distribué entre juin et décembre 2010 (169 généralistes participants, 338 journées de consultation considérées, 6 253 consultations analysées).
Le Quotidien du Médecin  du 02/04/2012 "


 


 

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