Publié par Responsable éditorial

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"Je crois que personne ne discute le fait que l’on peut toujours améliorer la qualité des soins, en EHPAD comme ailleurs ( ce sont des domiciles pas un hôpital ni un long séjour) , avec des spécificités liées au mode de financement de ces institutions , qui doivent être gérées au mieux.

Je suis aussi convaincu que les médecins qui vont voir leurs patients institutionnalisés doivent comprendre l’intérêt , pour eux et leurs patients d’un minimum de travail en équipe. Je suis médecin coordonnateur (0,2 ETP) d’un EHPAD de 78 personnes depuis 3,5 ans et je pense pouvoir en parler un peu en connaissance de cause. Ce n’est pas évident mais pas impossible , et il faut trouver des moyens qui stimulent le volontariat en ce domaine ( je parlais dans un précédent mail d’équivalent de groupe qualité , pour aborder entre pairs les bonnes pratiques et faire du toilettage d’ordonnance).

Le problème avec ce contrat type fixé par arrêté ministériel tient dans divers points :

Son caractère obligatoire. L’analyse du CNOM est qu’il ne doit pas être obligatoire. C’est logique . Un patient qui change de domicile ne doit pas dépendre d’un contrat signé entre des tiers pour garder le médecin qu’il a choisi.
Son caractère révocable sans cause précise. Si un contrat doit être signé entre un médecin traitant et l’établissement qui héberge son patient, il ne peut s’agir que d’un contrat fonctionnel. Le vrai contrat, moral, est entre le médecin et le résident, et les seuls qui doivent pouvoir rompre le contrat sont le patient et son médecin. Le directeur de l’ EHPAD ne doit pas avoir ce pouvoir.
Les détails qui vont compliquer sérieusement la vie du médecin ; ce sont les engagements divers. Je ne retiens que les plus “contraignants” :
ne pas se rendre à l’ EHPAD aux heures de repas. Imaginez ce qu’un directeur du genre pervers peut faire d’une telle disposition. Vous vous voyez refoulé parce que vous arrivez au moment de la transhumance vers la SAM, ou à l’heure du goùter  ?... Et bien cela nous pend au nez.
remplir le dossier à chaque passage : il y a d’autre moyens pour la traçabilité que de forcer un médecin à aller écrire dans le dossier, et c’est la porte ouverte  à des pertes de temps et à des complications selon les types de dossier ( informatique veut dire code , accès, formalisme inutile) , à des exigences diverses non justifiées.
Assister à une réunion par an ( rémunérée 4C quelle que soit sa durée ). Une réunion de plus , obligatoire. En ville nous avons des patients dans plusieurs EHPAD ( pour ma part j’en ai 15 dans 6 EHPAD) cela fait donc 6 réunions , dont et moi et les EHPAD nous  passions très bien jusqu’ici. Je veux bien donner mon temps , je ne veux pas qu’on l’exige que je le donne et que l’on en abuse .
Prescrire dans la liste et accepter , si on ne l’a pas fait, que le méd-co, le pharmacien, ou ... L’infirmière , nous demande de revoir notre copie. Vous vous voyez argumenter avec une IDE qui a le melon sur vos prescriptions  ?
Accepter que le Med Co vous rappelle les bonnes pratiques ( les entretiens sur le plan de soins personnalisé du résident) tant que de besoin. Si vous tombez sur un collègue aux tendances autoritaires, cela risque de vous pourrir le groove !
Etc...

Si il doit y avoir un contrat, il doit être minimaliste, et ne pas énumérer une liste de pièges qui serviront éventuellement au Directeur à faire tomber le médecin .

Ce n’est pas de la paranoïa. J’ai discuté avec une collègue Med Co d’ Edilys à Lorient qui m’a raconté qu’elle et sa directrice  avait rencontré un médecin conseil de l’ ELSM 56 pour une histoire d’évaluation. Celui ci , au fil dela coversation, leur a expliqué que l’objectif de l’ ARS était de procéder par étape pour que d’ici trois à cinq ans, il n’y ait plus de médecins libéraux dans les EHPAD au budget global. Il a précisément dit que les Med Co y seraient à plein temps et seraient les médecins des résidents.

Si cela est , il y a deux attitudes :
Soit on ne l’accepte pas , parce que cela bafoue des principes fondamentaux et parce que les raisons sont uniquement économiques ( “rationnement éclairé” des soins) et l’on exige la réécriture du contrat type et la reconnaissance de son caractère non obligatoire .
Soit on l’accepte , et alors autant faire l’économie de toutes les vexations, déceptions, remises en cause  qui nous attendent pendant la période de transition imaginée par les technos et dont le pré-programme est ce contrat qui contient en germe les humiliations, et les motifs de nos évictions successives...on fait comme ceux de Plouhinec, on arrête tout de suite  !

Personnellement , je n’accepte pas.

JLS

Le 16/01/11 22:11, « Jean-louis SAMZUN » <jean.louis.samzun@wanadoo.fr>

 


mis sur ce site avec la permission de l'auteur

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