Publié par Responsable éditorial

" Déserts médicaux: "Nous ne sommes pas des fainéants"  "16.10-medecin-sante-desert-medical-honoraire_930620_scalewi.jpg



Alexandre Husson , " Le président du syndicat des jeunes médecins généralistes réagit aux propositions de la ministre de la santé Marisol Touraine pour lutter contre les déserts médicaux dévoilées ce jeudi.

Son diagnostic: insuffisant.

Le gouvernement vient d'annoncer la mise en place d'une "garantie de salaire annuel" pour les médecins qui iront s'installer dans les zones de désert médical. Etes-vous satisfait?
Non! Pour une raison simple: cette mesure concernera 200 praticiens en 2013. Or, chaque année, ce sont 2000 médecins qui partent à la retraite et 13 000 en tout d'ici 2019. Mathématiquement, cela ne pourra donc pas répondre à la pénurie annoncée de médecins sur le territoire français. Les inégalités d'accès aux soins sont déjà fortes aujourd'hui. Il ne faudrait pas que cela empire.

Combien de Français sont concernés par ces déserts médicaux?
Environ 1 à 2% de la population. Mais contrairement à une idée reçue, ces déserts se trouvent tout autant dans des zones périurbaines, en banlieue par exemple, que dans de petits villages au fin fond de la Creuse. Autant dire qu'il s'agit d'une question de santé publique. A l'Etat maintenant de prendre ses responsabilités.

Tout de même, 4600 euros garantis par mois, ça fait une belle somme..
Il s'agit d'une fausse bonne idée, d'une mauvaise réponse à un vrai problème. Aujourd'hui, le frein majeur à l'installation des jeunes médecins n'est pas financier. Il est dans le temps de travail contraint et dans les conditions de travail qui sont les nôtres: 60 heures par semaine en moyenne, une pression toujours plus forte de la part des pouvoirs publics, une attente toujours plus grande de la part des patients. Ne nous y trompons pas: nous ne sommes pas une génération de fainéants, nous voulons simplement exercer notre métier correctement et mener une vie normale.  

Le fait que la majorité (56%) des nouveaux médecins soit des femmes joue-t-il un rôle?
Oui, dans la mesure où leur revenu est souvent un deuxième salaire dans la famille. Mais si vous mettez bout à bout toutes les contraintes -horaires déstructurés, absence de week-end, charges élevées- ces revenus s'avèrent au final peu rentables, surtout si vous les comparez à ceux des médecins spécialistes. Voilà pourquoi les jeunes généralistes femmes vont peu à peu se tourner vers le salariat plutôt que vers la médecine libérale. Et elles auront bien raison!

Quelles sont les mesures concrètes qui pourraient faciliter les choses?
Il faut d'abord repenser la notion de "territoire" en matière de santé, ce qui suppose de faire des choix clairs, de les assumer et de les expliquer: Il faut que la population accepte l'idée qu'on ne pourra pas avoir un généraliste dans toutes les villes de 2000 habitants.  

Quant aux mesures concrètes, la première serait d'aider les praticiens à déléguer toutes contraintes administratives, qui sont autant de tâches chronophages et non médicales. Pour cela, il faut leur mettre à disposition des assistantes.

Mais qui financerait?
Pourquoi pas les mairies? Après tout, elles assurent bien le financement de certains personnels non enseignants à l'école par exemple. Mais cela suppose une volonté politique qui fait défaut actuellement. En outre, je vous rappelle que des fonds européens existent, pour financer spécifiquement l'installation de médecins dans des zones de "carences de soins".

Et du côté de l'organisation des soins?
Pour éviter de se retrouver systématiquement en première ligne, la solution la plus efficace est de travailler en groupe, en associant médecins et paramédicaux (infirmières, kinés, ergothérapeutes...). A lui tout seul, un généraliste ne peut pas tout prendre en charge. Si l'Etat ne peut plus ou ne veut plus assurer ses missions de service public, ce n'est pas à la médecine libérale de pallier ces manques. Par ailleurs, sous certaines conditions, on pourait aussi faire appel à des médecins hosipitaliers

Au final, êtes-vous favorable à la mise en place d'un forfait pour ces jeunes médecins?
Oui, à condition de le faire intelligemment. Par exemple en leur proposant un "forfait investissement" pour les deux premières années d'installation et en modulant ce forfait en fonction des conditions d'exercice - médecine de groupe ou pas, actions de prévention ou pas.

Que pensez-vous de ces communes qui font appel à des médecins étrangers?
Sur le principe, pourquoi pas? Mais cela ne réglera pas tous les problèmes. En outre, un certain nombre de généralistes étrangers, roumains par exemple, sont repartis chez eux après un ou deux ans d'exercice. Peut-être serait-il intéressant de savoir pourquoi..."


 

SOURCE :  http://www.lexpress.fr/actualite/societe/deserts-medicaux-nous-ne-sommes-pas-des-faineants_1198776.html
Par Vincent Olivier, publié le 13/12/2012 à 15:53, mis à jour à 16:28


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