Publié par LE GÉNÉRALISTE

A la veille des Journées scientifiques de Samu de France,
à quelques semaines de la conférence de consensus sur la prise en charge des IDM ST + et à quelques mois du lancement de la campagne ´ Douleur thoracique, appelez le 15 ª, il dévoile au ´ Généraliste ª les progrès à réaliser dans l'organisation de la prise en charge en urgence des patients cardiaques.
Propos recueillis par les Drs Linda Sitruk et Marc Kreuter.
Pr Frédéric Adnet -Président de la Commission scientifique de SAMU de France

Le Généraliste : Qu'attendez-vous de ces Journées scientifiques de Samu de France ?

Pr Frédéric Adnet : Nous espérons une avancée marquante dans la stratégie de la prise en charge des situations concernant les urgences cardiaques. Au cours de ces Journées, dans sept ateliers thématiques, l' ´ experience based medicine ª va se frotter à l'´ evidence based medicine ª.
Les urgentistes préhospitaliers vont rapporter leur expérience de terrain et en débattre avec les experts fournissant l'analyse rigoureuse des données actualisées de la science et des recommandations d'experts. Un document de synthèse consensuel sera rédigé à l'issue de ces Journées. La médecine d'urgence, à travers son expérience et sa réflexion, prend progressivement sa place parmi les grandes spécialités médico-chirurgicales.


La campagne ´ Douleur thoracique, appelez le 15 ª a-t-elle influencé le choix de certains thèmes ?

Pr F.A. ´ La régulation d'une douleur thoracique ou d'un malaise ª sur laquelle nous travaillerons dans l'atelier numéro un représente, en effet, une priorité.
Alors que nous disposons de traitements curatifs très efficaces de l'infarctus du myocarde ? la reperfusion coronarienne, soit par plastie, soit par fibrinolyse ? un certain nombre de patients n'en bénéficient pas du tout ou avec un retard significatif qui entraîne un taux excessif de mortalité et de morbidité séquellaire.
 L'analyse des situations de prise en charge de l'IDM, telle qu'elle a été rapportée par l'étude USIC 2000, montre que le retard pris dans la décision médicale d'appliquer le traitement de reperfusion peut être en cause. Pour accélérer cette prise de décision, l'appel au Samu-Centre 15 représente sans doute un moyen efficace.
Le régulateur reconnaît l'urgence de la situation et il peut déclencher le meilleur moyen d'intervention, soit pour organiser le transfert du patient en vue d'une angioplastie, si un plateau technique est disponible dans un délai raisonnable, soit pour faire réaliser une fibrino-lyse à domicile dans le cas contraire.


Ne craignez-vous pas de reléguer les généralistes au rang d'acteurs de seconde catégorie ?

Dr F.A. Certes non ! Les médecins généralistes, ? n'oubliez pas que je suis généraliste de formation ? possèdent une place importante dans le système de soins primaires.
Le médecin régulateur saura adresser le patient à un généraliste si le tableau clinique ne laisse pas supposer de besoin d'une reperfusion rapide ou si sa présence peut être utile en attendant l'équipe du Samu, en particulier en posant une perfusion et en administrant de l'aspirine.
 D'ailleurs, nous sommes très favorables à la participation des généralistes à la régulation des Samu-Centres 15, au sein desquels il ne doit y avoir aucune frontière et aucune hiérarchie entre médecins régulateurs généralistes, médecin urgentistes hospitaliers, anesthésistes réanimateurs, cardiologues, etc.
 Précisément, une Conférence de consensus se tiendra le 23 novembre à Paris sur la prise en charge de l'IDM ST + (infarctus du myocarde avec sus- décalage du segment ST) avant l'arrivée du patient dans un service de cardiologie.
 Cette conférence est soutenue par la Société française de cardiologie, la Société francophone de médecine d'urgence, le Samu de France, le Collège national des généralistes enseignants, SOS médecins France, l'Apnet, et la Société des médecins sapeurs-pompiers.

Cette Conférence de consensus va-t-elle contribuer à modifier les habitudes ?

Pr F.A. Le Samu n'existe qu'en France, or la plupart des recommandations internationales sont anglo-saxonnes et destinées aux cardiologues.
On doit donc adapter ces recommandations à notre pratique, qui possède l'avantage incontestable de la rapidité d'intervention et de l'expertise. Mais certaines mauvaises habitudes, voire coutumes, ont été prises ici ou là, en l'absence de ´ guidelines ª françaises. Il s'agit donc d'homogénéiser la prise en charge pour diminuer les délais de prise en charge correcte et pour augmenter le nombre de patients reperfusés précocement.
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