Xavier Bertrand commence à recevoir les syndicats
                        Après les élections, les grandes manoeuvres


Moins de deux semaines après le désaveu infligé aux signataires de la convention, le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, inaugure, ce soir avec la Csmf, un cycle de discussions délicat avec les syndicats médicaux.
Ces derniers jours, la pression a augmenté de tous côtés. Le SML a décidé de « lever le pied » dans l’accompagnement de la réforme.
L’Unof (Csmf) réclame une augmentation de la visite.
La FMF-G et Espace Généraliste exigent la reconnaissance prioritaire de leur représentativité.
De son côté, MG-France dénonce les « manoeuvres de diversion » du gouvernement et prépare la constitution d’un front commun.


Des rencontres qui s'annoncent difficiles pour le ministre de la Santé MOINS DE QUINZE JOURS après le verdict des élections aux unions régionales de médecins libéraux, marqué par le net repli des signataires de la convention dans les deux collèges et la poussée des opposants, Xavier Bertrand reprend la main dans un contexte délicat.

Comme il l’avait promis, le ministre de la Santé lance aujourd’hui un cycle de rencontres avec les syndicats de médecins libéraux pour «écouter» et voir comment «améliorer» les choses. Faut-il y voir un message politique ?
La Csmf, principal soutien des réformes en cours, qui vient de perdre son leadership chez les généralistes au profit de MG-France, ouvrira le bal des discussions au ministère, dès ce soir à 19 heures.
Tous les autres syndicats devraient être reçus d’ici à la fin du mois, selon un calendrier qui reste à préciser.


Mais avant même que le ministre prenne langue avec les médecins, la pression est montée de tous bords.

Signataires offensifs. Secouée par le vote sanction, la Csmf a choisi de contre-attaquer... en accusant les caisses mais aussi l’Etat d’«inertie» et même d’«incompétence» dans l’application de la convention. Une attitude des pouvoirs publics qui aurait pesé lourd dans ce scrutin. Les retrouvailles au ministère devraient être toniques. La délégation de la Csmf adressera un message en forme de mise en garde, insistant, d’une part, sur la suppression des contraintes administratives des parcours de soins et, d’autre part, sur la nécessité de «mettre le turbo» sur les chantiers au point mort ou en souffrance (secteur optionnel, réforme des consultations...).

«Notre première demande, c’est la fin des tracasseries et le respect des engagements», résume le Dr Michel Combier, président de la branche généraliste de la Csmf (Unof), qui vient de réunir son comité directeur.

D’ores et déjà, Xavier Bertrand a pris les devants, en annonçant qu’il était prêt à engager une démarche de simplification englobant «tous les aspects de la relation entre caisses et professionnels». Echanges informatiques et télématiques, établissement des formulaires, ententes préalables, dispositif du médecin traitant, nomenclature... : le chantier est vaste.

L’Unof demandera également la «poursuite des avancées tarifaires» avec, dès le 1er août, l’augmentation du tarif de la visite de 1 euro (seule la hausse du C est programmée). Dans le cas contraire, l’Unof «lancerait un mouvement de protestation».

Autre signataire en recul, le Syndicat des médecins libéraux (SML) n’est pas en reste. Lors de son assemblée générale extraordinaire, l’organisation du Dr Cabrera a «tiré les conclusions» des élections en décidant de «lever le pied dans l’accompagnement de la convention» (lire ci-dessous). Le syndicat annonce qu’il «tirera les conclusions sur l’intérêt d’être signataire d’une convention déséquilibrée» si l’environnement professionnel et conventionnel n’évolue pas (fin des «bugs», calendrier «précis» sur la réforme des consultations, négociation «conclusive» sur le point 9 des accords chirurgiens...).

Une faute politique. Côté opposants, chaque organisation fourbit ses armes pour transformer l’essai des élections aux Urml.

Le Dr Pierre Costes, président de MG-France, qui devrait être reçu au ministère le 29 juin,n’est pas convaincu par les premiers signaux qu’a envoyés le ministre de la Santé. «Le ministre cherche à minimiser la portée du scrutin et semble préparer une manoeuvre de diversion, analyse le Dr Costes. Ignorer le vote protestataire qui s’est clairement exprimé chez les généralistes en exercice serait une faute politique grave.»
MG-France ne se rendra pas au ministère les mains vides. Il apportera un «projet d’arrêté» visant à reconnaître la médecine générale comme discipline universitaire à part entière, demandera l’«alignement immédiat» du C sur le CS, la généralisation d’un forfait annuel C2 par patient pour les médecins traitants et , en attendant, le «gel» de l’option médecin référent.  «Si le ministre nous promet la lune sans rien accorder tout de suite, c’est qu’il n’a rien compris.»
Selon nos informations, le président de MG-France devrait également se faire mandater par son comité directeur (le 22 juin) pour rencontrer rapidement les responsables des autres syndicats «sans exclusive». Pour une initiative unitaire avant l’été ? «Je crains que les élections ne suffisent pas pour que la médecine générale soit entendue...», explique le Dr Costes.


Quant à la FMF, qui vient de reconduire son président Jean-Claude Régi pour trois ans (et a porté le Dr Djamel Dib à la tête de sa branche spécialiste), elle refuse tout «replâtrage» et affiche de nouvelles ambitions. Le syndicat estime avoir gagné sa représentativité généraliste «dans les urnes» et demande aux pouvoirs publics d’en tirer immédiatement les conséquences en lui accordant des places «partout»: instances de FMC, comités de permanence des soins, Union nationale des professions de santé... «Nous voulons que la démocratie soit respectée dans ce pays», tonne le Dr Régi. Le président de la FMF se dit prêt à travailler «en bilatéral» avec d’autres syndicats opposants pour faire avancer des dossiers concrets.

Chez les spécialistes, la FMF devrait participer activement à l’opération « La France sans bloc opératoire »,à partir du 24 juillet.

Du côté d’Espace Généraliste (12 % des voix), enfin, le président Claude Bronner estime, lui aussi, que la représentativité constitue un «préalable». Partisan d’une recomposition syndicale, il n’exclut pas une «action tarifaire» à l’automne si le gouvernement «noie le poisson»
> CYRILLE DUPUIS
Le Quotidien du Médecin du : 14/06/2006
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