« Le médecin généraliste, une personne seule » LIEN
Dans son cabinet, comme dans ses visites à domicile, le médecin généraliste est de plus en plus souvent confronté à des situations qui ne sont pas sans risques pour sa propre sécurité. : Béatrice Le Grand

  Médecin généraliste dans la région vannetaise, Christine (*) a été agressée en pleine nuit. Depuis, elle effectue ses gardes la peur au ventre.

    « La semaine passée, je me suis rendue au tribunal de Vannes avec angoisse. J'avais décidé de venir seule à cette audience. J'ai quand même eu peur de me retrouver face à mon agresseur.

« Je suis médecin généraliste depuis 20 ans. Je sortais d'une réunion au conseil de l'ordre des médecins de Vannes. Il était 22 h 30 et il pleuvait des cordes. Je vois un jeune sur le bord de la route que je prends pour un étudiant. Mes enfants aussi font du stop. Je me suis arrêtée. J'ai rapidement compris mon erreur. Au moment où je me suis arrêtée pour le déposer, il m'a sauté dessus. Je me suis débattue et il a fini par s'enfuir.

         Une semaine après, je ressortais d'une autre réunion et suis retombée dessus par hasard. La police a pu le cueillir. Comme je n'ai pas eu d'Interruption temporaire totale de travail, mon agresseur ne risquait rien d'autre qu'une amende, il a été condamné à 500 €. Je n'ai d'ailleurs demandé qu'un euro symbolique de dommages et intérêts. Je voulais surtout qu'il se soigne. De toute manière, le préjudice n'est pas palpable car la peur n'est pas chiffrable.

« Des situations compliquées à gérer »

« À ceux qui pourraient me faire remarquer qu'une femme seule n'a pas à prendre d'auto-stoppeurs le soir, je dirais ceci : je suis médecin généraliste et j'aime venir en aide aux gens. Cette histoire n'est que le reflet d'une situation qui se dégrade.

      « Je travaille désormais avec une peur au ventre. Lorsque je suis de garde le soir, dans mon centre de permanence de soins, je frémis quand la sonnette retentit. Je dois aller ouvrir sans savoir qui je vais avoir en face. Jusque-là, je minimisais le danger, pensant sans doute que cela n'arrivait qu'aux autres.

      « Pourtant, pas mal de mes confrères s'étaient déjà fait agresser dans l'exercice de leur métier. Les gens comprennent mal pourquoi on évite au maximum les visites à domicile. Il faut se mettre à notre place. En pleine nuit, les appels ont souvent une connotation anxiogène. Les problèmes psychiatriques sont récurrents. Il y a aussi l'alcool et la drogue. Je ne compte plus les fois où je me suis retrouvée seule devant des personnes potentiellement violentes. Même au cabinet, en temps ordinaire, on a des situations compliquées à gérer.

         « La prise de risque est permanente, sans que personne ne songe à nous protéger. Les autorités publiques nous refusent un accompagnement. Les gendarmes vont toujours par deux, les pompiers aussi. Le médecin généraliste, lui, est une personne seule !

        « J'ai une garde une fois par mois et deux week-ends par an. J'avoue attendre ces moments avec crainte. Je ne suis pourtant pas une trouillarde. Je continue à faire mes tours car j'aime mon métier. Je prends sur moi. »

Recueilli par Édouard REIS-CARONA.
vendredi 26 décembre 2008
(*) Prénom d'emprunt
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