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Le  décret instituant le libre accès des patients à certains produits dits d'automédication a été publié, mardi 1erjuillet, au Journal officiel.

Libre accès des patients à certains produits dits d'automédication

Pas moins de 217 spécialités pharmaceutiques couvrant 71 domaines thérapeutiques, 12 médicaments à base de plante et 19 médicaments homéopathiques devraient – selon le bon vouloir des pharmaciens – quitter les étagères derrière le comptoir pour se positionner devant.


       Cette liste n'est pas définitive et devrait s'enrichir au gré des propositions des industriels et des avis de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). Ont ainsi été exclus les médicaments assortis de contre-indications majeures ou d'interactions médicamenteuses spécifiques. Pour ces mêmes raisons de sécurité, les médicaments à vocation pédiatrique ont aussi été laissés à l'appréciation du médecin.

                     La publication de ce décret est chargée d'intentions lourdes de la part du gouvernement. Dans un premier temps, la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, voudrait persuader les Français qu'il serait convenable, compte tenu du déficit de la Sécurité sociale, d'affronter certaines "situations de soins bénignes" (rhumes, jambes lourdes…) sans passer par le médecin. Autrement dit, le gouvernement trouve légitime que les Français, qui ont commencé à mettre la main à la poche avec les franchises médicales, persévèrent avec l'automédication.

                        Selon les chiffres communiqués, le 26 juin, par l'Association des laboratoires pour une automédication responsable (Afipa), le marché de l'automédication – médicaments non remboursables et remboursables disponibles sans ordonnance – a crû, en 2007, de 4,4 %, à 1,9 milliard d'euros. Des chiffres conséquents, mais qui révèlent un "retard" par rapport à d'autres pays européens. Quand les Français dépensent 27 euros par an, en moyenne, en automédication, les Polonais en dépensent 31, les Anglais 44, les Italiens 47 et les Allemands presque 61. Une marge de progression existe donc qui devrait être source d'économies à l'avenir pour l'assurance-maladie.

FAIRE SAUTER LE VERROU OFFICINAL ?
                      Mais le processus enclenché par le décret Bachelot ne vise pas seulement les patients. Il bouscule aussi une bonne partie des 23 000 pharmaciens d'officine qui craignent de devoir partager le marché des produits en accès libre avec les grandes surfaces.

                   Le 3 avril, Michel-Edouard Leclerc a ainsi réclamé, pour la grande distribution, le droit d'entrer en concurrence avec les officines pour distribuer du paracétamol, des veinotoniques et tous les produits d'automédication. Les centres Leclerc, qui réalisent déjà 130 millions d'euros de chiffre d'affaires dans la parapharmacie, estiment être en mesure de capter 1 % du marché de l'automédication, soit 20 millions d'euros environ. La campagne de communication de Leclerc a été attentivement suivie par les autres grands distributeurs qui se targuent, eux aussi, de leur capacité à faire baisser les prix de ces médicaments "antibobo".

                   De leur côté, les pharmaciens craignent que le vent de la concurrence et du libéralisme ne fasse – à terme – sauter le verrou juridique qui leur confère un monopole sur la distribution de médicaments. La loi, qui empêche un pharmacien de posséder plus d'une officine, fait, depuis plusieurs années, l'objet d'attaques venant de la Commission européenne, de certaines multinationales de la distribution, et plus récemment de la commission Attali pour "la libération de la croissance". Tous estiment que l'intégration des officines dans des chaînes de distribution permettrait une baisse des prix évaluée entre 5 % à 15 % du prix des médicaments.

                   Les pharmaciens opposent à cette vision purement financière de leur profession la technicité de leur métier – les médicaments hospitaliers vendus en ville sont de plus en plus sophistiqués – et leur rôle de conseil auprès des publics âgés ou handicapés. L'ordre des pharmaciens estime même que le travail de conseil "invisible" fourni depuis toujours par le pharmacien à son client devrait être institué en "acte pharmaceutique". Rémunéré bien entendu.

Yves Mamou -LE MONDE _
Par Formation Médicale Continue
Mardi 1 juillet 2008 2 01 /07 /Juil /2008 17:17

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