Publié par Formation Médicale Continue

Qualité à l'armoricaine

        Médecin généraliste à Quévert, tout à côté de Dinan, dans les Côtes d'Armor, Benoît Camberlein, 59 ans, est l'un des animateurs des « groupes de qualité bretons ».
« Avec un confrère du secteur de Dinan, nous avons créé, en 1999-2000, des groupes de pairs qui ont fonctionné pendant trois ans. Et puis, en 2003-2004, nous avons appris que des groupes de qualité se développaient en Bretagne, à l'initiative de l'Urml et de l'Urcam. Nous avons été intéressés par la structure de ces groupes, réunissant représentants des professionnels de santé, financeurs et institutionnels. Nous avons été séduits par l'incitation des professionnels à travailler entre eux que ces groupes représentaient. Car, il faut bien dire que le médecin travaillant tout seul dans son coin, c'est terminé. Aujourd'hui, le travail en équipe s'impose, et il faut inciter les médecins à travailler avec les autres professionnels de santé ; c'est aussi une façon de développer l'esprit critique et de s'ouvrir à l'extérieur. »

C'est ainsi que des groupes de pairs – associant 8 à 10 médecins –, le secteur de Dinan est passé à quatre groupes de qualité qui rassemblent entre trente et quarante médecins généralistes sur la cinquantaine qui exercent dans ce secteur.
Dans les quatre départements bretons, on compte aujourd'hui une trentaine de ces groupes fréquentés par environ trois cents généralistes.
 Mais qu'est-ce au juste qu'un « groupe de qualité », et comment cela fonctionne-t-il ? Sur le principe de dix réunions par an, six staffs et quatre plénières. Dans les staffs, qui se déroulent en général en soirée(ou en journée 13h à 14h30 -NDLR) , et dont la durée se situe entre une heure et une heure trente, les médecins travaillent sur un sujet imposé par le bureau de l'Apimed (l'association qui gère le système).

« Ce sont des sujets suggérés par les médecins et qui ont l'accord de l'Urcam », explique Benoît Cambrerlein. En clair, certains sujets entrant dans les priorités nationales de l'assurance-maladie sont imposés, d'autres émanent directement des médecins, dans un « équilibre satisfaisant », selon Benoît Camberlein. En amont du staff, les participants du groupe de qualité travaillent sur documentation.Au cours de la réunion – animée par un généraliste extérieur au groupe en général – chaque médecin choisit de façon aléatoire un ou deux cas cliniques. Les cas font l'objet d'une discussion, d'une recherche de références dans la littérature. Puis, une synthèse est faite qui comporte notamment les points de discussion restés en suspens, lesquels feront l'objet de recherche approfondie entre deux staffs de la part de médecins volontaires.

    Les réunions plénières trimestrielles se tiennent en soirée aussi, mais peuvent durer, quant à elles, plusieurs heures. Au cours de ces réunions, sont restituées les données statistiques réalisées par l'Urcam concernant chacun des médecins participants sur les sujets traités au cours des staffs.

Ces données sont anonymisées – ou pas, selon les groupes – les noms étant remplacés par des numéros. Cela signifie qu'elles sont anonymes pour le reste du groupe, mais chacun sait quel est son numéro. « Cela n'a aucun caractère sanctionnant, insiste Benoît Camberlein. Cela permet à chacun de situer sa pratique par rapport au groupe, par rapport aux autres groupes de qualité, et par rapport au groupe témoin que constituent les médecins ne participant pas aux groupes de qualité. » Ces réunions plénières sont aussi l'occasion d'aborder des « thèmes libres ». « Elles sont l'occasion d'inviter d'autres professionnels de santé, explique le Dr Camberlein. Par exemple, on pourra travailler sur la prescription des anti-agrégants plaquettaires et des antibiotiques avec un dentiste. Et, selon le sujet, avec une infirmière, un kiné, etc. »

    Le financement de ces groupes de qualité a été assuré par le Faqsv, et l'est par le Fiqs aujourd'hui. Pour leur participation, les médecins sont indemnisés 100 euros par séance, les animateurs percevant, pour leur part, 150 euros.

    Bien sûr, ces groupes de qualité ne font pas l'unanimité. « Nous avons même essuyé d'assez violentes critiques », témoigne Benoît Camberlein. Certains médecins y voient un risque de mise sous tutelle et de maîtrise comptable.
    Ce n'est pas le sentiment des médecins qui y participent. L'impact de ces groupes sur l'évolution des prescriptions ne concerne pas tant les volumes que la pertinence de la prescription. Par ailleurs, les groupes de qualité sont surtout le moyen pour les professionnels de santé d'apprendre à mieux se connaître et à travailler ensemble. »

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