Publié par Les oubliés de la convention

"la convention médicale signée en février 2005 .........

 ..........Mi-2005, la donne changea assez brutalement.

La Cnam révéla que, sommés de choisir un médecin traitant au risque d’être pénalisés sur leurs remboursements, les Français, plus malins que les signataires avaient plébiscité, par simple bon sens, les généralistes, seuls à même, selon eux, de coordonner sur le long terme la prise en charge de leur santé (alors que le
ministre de l’époque, Philippe Douste-Blazy, n’avait pas hésité à leur conseiller de choisir un médecin spécialiste comme médecin traitant... quitte à en changer à chaque fois au gré de leurs pathologies d’organe...)
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                                                  Fin 2005, les dépenses de santé en médecine de ville avaient subi un infléchissement. Sur les 900 millions d’économie prévue, près de 800 millions avaient été réalisés. Xavier Bertrand, ministre de la Santé, annonçait alors avec éclat que 2006 serait « l’année de la médecine générale ». Puis, à la date anniversaire de la convention, et probablement sous l’impulsion de Matignon, le couperet tombe.
                                                            Aucune revalorisation n’est accordée aux généralistes, tout au plus leur fait-on miroiter une aumône ultérieure d’un euro en fin d’année... s’ils s’impliquent dans un énième plan d’économies.

                                                        Aussitôt, les syndicats signataires  en appellent au respect de la dignité généraliste, agitent le spectre d’une grève du zèle... La tenue d’élections en mai, fixant pour les six années à venir la réelle représentativité syndicale des médecins, leur fait pousser des ailes, tandis que les opposants de la première heure  préparent le goudron et les plumes.

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Ce pourrait n’être qu’un énième épisode sordide de la catastrophe qui touche le système sanitaire français, mais cette mascarade a des conséquences désastreuses sur le terrain.
Elle contribue à accélérer la pénurie médicale : nombre de généralistes, boucs émissaires chargés de tous les maux, étouffés de paperasserie administrative, confrontés à des patients déboussolés, dévissent leur plaque : la Caisse de retraite des médecins libéraux a-t-elle enregistré l’an dernier plus de 2000 cessations d’activité, alors qu’elle en escomptait 1 400.
                Les jeunes généralistes ne s’installent plus. La seule avancée conceptuelle des dix dernières années, l’option référent, est condamnée à la mort lente, et avec elle 8 000 généralistes qui s’étaient engagés avec les caisses d’assurance maladie au respect d’un cahier des charges cohérent (limitation du nombre d’actes, formation indépendante de l’industrie pharmaceutique, coordination des soins).


                        Sur le plan administratif, la complexité tarifaire est telle que nul ne sait comment sont remboursés les actes médicaux. Certains généralistes pratiquant la dispense d’avance de frais pour les patients bénéficiant de la CMU, par exemple, sont ainsi payés 12 euros la consultation au lieu de 20... Pis, comme l’avaient dénoncé les opposants à cette convention dans un recours en Conseil d’Etat, lorsque le formulaire médecin traitant n’est pas enregistré correctement par les caisses, ni le médecin ni le patient ne peuvent faire la preuve de leur bonne foi, ce qui alimente les litiges. Plus qu’une réelle volonté de nuire, c’est, d’un côté comme de l’autre, la médiocrité des acteurs, et de la pièce jouée, qui effare. Le système de santé en France reste à construire.

                Alors que la grippe aviaire menace l’Europe, à quelques mois d’une crise sanitaire annoncée, le mépris affiché des pouvoirs publics pour le premier maillon de la chaîne de soins laisse pantois."

Dernier ouvrage paru : Patients si vous saviez... Confessions d’un médecin généraliste, Robert Laffont.
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