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Qu'en pensent les médecins ?
Aujourd'hui la moitié des internautes santé n'osent pas évoquer leurs recherches avec leur médecin, cela ne supposerait-il pas de la part du praticien une " Internet attitude " ?

*57% des Français se déclarent " actifs " dans la recherche d'information médicale (1)

*Les médecins pensent qu'Internet constitue à 90% la source d'informations santé de leurs patients bien que ceux-ci ne le citent qu'à 67% (1)

*Dans 69.4% des cas, les internautes santé surfent sur le web " pour mieux comprendre les informations données par les médecins " et, à 62.6% pour " trouver d'autres informations que celles données par le Médecin ".
Moins fréquemment pour confirmer les informations données (39.6%)
ou recevoir un second avis médical (25.6%).
40% des patients ne vérifient pas les sources et 75% font confiance aux informations trouvées. 84% pensent que cela n'a d'ailleurs rien changé à la fréquence des consultations médicales et a même conduit les malades chroniques à aller consulter plus souvent. (2)


(1) Selon un sondage IPSOS Insight Santé réalisé en octobre 2007,
(2) Selon l'enquête WHIST (enquête Web sur les habitudes de recherche d'informations liées à la santé menée dans le cadre de l'INSERM sur un échantillon de 3 884 personnes)
_____________
Article en entier
Du bon usage d'Internet dans le colloque singulier

La Haute Autorité de santé vient d'inciter les médecins à devenir conseillers Internet de leurs patients. En les dirigeant notamment vers les sites santé de qualité labellisés HON (« le Quotidien » du 28 novembre). Qu'en pensent les médecins ? Sachant que la moitié des internautes santé n'osent pas évoquer leurs recherches avec leur médecin, cela suppose de la part du praticien une « Internet attitude » encore peu répandue. Et du temps.




Trois des sites les plus consultés (dr)
ELLE (PLUTOT QU'IL, selon les sondages) a sorti de son sac une feuille imprimée qu'elle n'ose pas toujours déplier et qu'elle glisse sur votre bureau : «Docteur, qu'est-ce que vous en pensez?» Si57 % des Français se déclarent «actifs» dans la recherche d'information médicale (selon un sondage IPSOS Insight Santé réalisé en octobre 2007), le problème n'est pas nouveau. Autrefois, c'était l'article découpé dans le journal que l'on vous mettait sous les yeux*. Aujourd'hui, l'information santé traîne d'abord sur Internet et sur les 30 millions d'internautes que compte le pays, 30 % en sont friands. Avec la maîtrise de moteurs de recherche comme Google, le patient peut devenir plus «informé» que son médecin sur «sa» pathologie.

Face à Dr Google. Les médecins ne sont plus surpris par l'irruption de la connexion dans leur consultation. Ils ont même tendance à surestimer le phénomène : ils pensent qu'Internet constitue à 90 % la source d'informations santé de leurs patients, alors que ceux-ci ne le citent qu'à 67 %, réservant 46 % de leurs faveurs à leur médecin traitant (sondage IPSOS Insight Santé).

«Une ou deux fois par semaine, j'ai des patients qui me parlent de leur recherche sur Internet, constate le Dr Patrick Sichère, rhumatologue à Paris. Le plus souvent, ce sont des cas de fibromyalgie ou de polyarthrite, des maladies douloureuses. Cela ne me gêne pas du tout. J'en profite pour donner la bonne information, car ce qu'ils ont trouvé n'est souvent pas adapté à leur cas, et dédramatiser. Ils seront de plus en plus nombreux, c'est dans la logique de la vulgarisation d'Internet.»«C'est de plus en plus fréquent», convient aussi le Dr Marcel Garrigou-Grandchamp, généraliste à Lyon, qui ajoute : «Heureusement, ils ne sont pas encore très bien formés!Quelquefois, ils se laissent abuser par l'info trouvée. Alors, je me connecte avec eux sur le site concerné et je leur apprends à déjouer le site uniquement commercial. Je leur en conseille certains.Il y a souvent un gouffre entre ce que l'on pense que les patients ont compris et ce qu'ils ont réellement assimilé. Internet peut jouer les répétiteurs.»

Le Dr Didier Mennecier, hépato-gastro-entérologue à l'hôpital Begin (Saint-Mandé) et maître Toile du site hepatoweb, va plus loin. «Je me sers d'Internet comme aide à la consultation. Je fais de la consultation pédagogique et je prends le temps. Je les incite à m'avouer qu'ils sont allés consulter DrGoogle. Dans 95% des cas, ils ont surfé et, si c'est une personne âgée, c'est son entourage. Je les interroge sur les informations recueillies. Ce qui m'aide à repérer leur capacité d'analyse, et je leurs remets des documents papier. Deux semaines plus tard, ils reviennent avec des questions précises.»

Au total, avoir un patient bien informé plutôt qu'un patient passif permet au médecin de discuter et d'obtenir une meilleure observance des traitements.

Il n'empêche que cela demande au médecin de se remettre en cause. Un cardiologue qui tient un blog sous le pseudonyme de Lawrence Passmore cite le cas d'un banquier qui, après un infarctus, a acquis un niveau d'interne en cardiologie. «Il me demandait des examens particuliers et il fallait que j'argumente. Au début, j'ai trouvé ça très dur et nos relations étaient tendues. Maintenant, chaque fois qu'il vient me voir, je recherche la veille s'il n'y a pas eu de nouvelles recommandations et si nous avons lu les mêmes articles.»

Pour une partie de la population et une certaine catégorie sociale, conclut Emily Renahy, au terme de l'enquête WHIST (enquête Web sur les habitudes de recherche d'informations liées à la santé) menée dans le cadre de l'INSERM et à laquelle ont répondu 3 884 personnes, Internet commence à faire partie de la consultation dans une relation triangulaire. Les médecins n'ont pas le choix et vont devoir s'y faire.

Déficit de communication. «Si les patients vont sur Internet, c'est que les médecins ne communiquent pas assez», convient le Dr Benoît Lefrancq**, généraliste à Lille. C'est ce qu'expriment majoritairement les participants de l'étude WHIST. Dans 69,4 % des cas, les internautes santé surfent sur le Web «pour mieux comprendre les informations données par les médecins» et, à 62,6 %, «pour trouver d'autres informations que celles données par le médecin». Moins fréquemment pour confirmer les informations données (39,6 %) ou recevoir un second avis médical (25,6 %). L'automédication reste un phénomène marginal. Et 84 % pensent que cela n'a d'ailleurs rien changé à la fréquence des consultations médicales et a même conduit les malades chroniques à aller consulter plus souvent !

Consultation Internet. «Internet reste pour les patients un outil un peu magique où l'on trouve tout, y compris ce qu'on ne veut pas savoir», souligne Anne Festa**, actuellement en poste à l'INCa (Institut du cancer), après avoir été responsable de l'espace de rencontre et de formation de l'institut Gustave-Roussy.

«L'outil est très apprécié par la liberté qu'il apporte, mais l'information arrive brute, avec parfois des statistiques qui font mal. Ils expriment le besoin d'être accompagnés par leurs médecins.» D'autant plus qu'ils ne vérifient pas les sources (40 % seulement, selon l'enquête WHIST).

Le médecin est donc invité par la HAS à jouer le rôle d'«infomédiaire»:«En discutant avec vos patients de l'information qu'ils ont trouvée sur Internet, vous pourrez vérifier la qualité et l'adapter à leur cas particulier (...) Vous pouvez leur conseiller des sites de qualité concernant leur pathologie.»

Recommander un site connu peut, dans certains cas, faire gagner du temps au médecin. Lorsqu'il s'agit, par exemple, de fournir des explications sur une opération ou un examen à subir. Des cliniques l'ont très bien compris, ainsi que les médecins qui ont ouvert leur propre site.

En revanche, pour l'omnipraticien, même avec la meilleure volonté, la mission va se heurter à la réalité de la pratique. «J'essaye d'avoir un site à recommander par discipline, explique le Dr Lefrancq**, et en fonction de ce que les patients veulent, mais la demande n'est pas unitaire. Tous les patients ne souffrent pas de la même maladie de la même façon. Il faut donc adapter à chaque fois. La tâche peut se révéler difficile, surtout avec le paiement à l'acte. Le médecin ne peut pas passer vingt minutes à donner des explications à son patient, même si c'est son souhait.»

«Si un médecin de ville commence à recommander des sites, il n'a plus qu'à fermer son cabinet», confirme le Dr Dominique Dupagne, généraliste parisien. Il faudrait pouvoir facturer cet échange pour espérer une alliance efficace entre Internet et la thérapeutique. «La HAS pourrait faire remonter la volonté des médecins de terrain de mieux informer leurs patients», suggère le Dr Lefrancq**. A quand le remboursement de la consultation Internet ?


> MARIE-FRANÇOISE DE PANGE
Par Formation Médicale Continue
Mercredi 16 janvier 2008 3 16 /01 /Jan /2008 04:00

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