Publié par Journal qdm N°7860 du 09-Déc-2005

La grève des gardes des médecins libéraux en Ille-et-Vilaine



Un conflit dans l'impasse

Depuis le 18 novembre, les médecins d'Ille-et-Vilaine observent une grève des gardes pour protester contre la nouvelle sectorisation arrêtée par les autorités locales. Une réunion de concertation boudée par la préfecture, le centre 15 saturé, des médecins qui ne sont pas décidés à céder : la crise s'installe.

 DE NOTRE CORRESPONDANT

TROIS semaines de grève des gardes et des astreintes des médecins généralistes d'Ille-et-Vilaine, et toujours rien à l'horizon qui pourrait entraîner l'arrêt du mouvement. On sait que c'est le problème de la nouvelle sectorisation des gardes dans le département, et notamment la distinction des secteurs selon la période d'avant ou après minuit, qui est à l'origine de ce conflit (« le Quotidien » du 22 novembre).
 Le 1er décembre, une réunion organisée par le conseil départemental de l'Ordre des médecins devait ouvrir la voie à un début de négociation, en proposant à tous les acteurs de se mettre autour d'une table. Mais, surprise : les représentants du préfet ne font pas le déplacement. « La préfecture ne montre aucune bonne volonté pour que la grève cesse, en conclut le Dr Bruno Guillouet, non syndiqué et président de l'Adops (Association départementale pour l'organisation de la permanence des soins). Le mouvement reste donc d'actualité. »

 Concrètement, les médecins réquisitionnés par le préfet effectueraient, selon le Dr Guillouet, leurs astreintes pour la tranche 20 heures-0 heure, et les samedis et dimanches. « Ce qui montre que l'on est plutôt favorable aux gardes », estime le Dr Guillouet. Avant d'ajouter : « Quand elles correspondent à un réel besoin de la population. » En revanche, les médecins refusent en grande majorité les réquisitions qui courent de 0 heure à 8 heures.

Inquiétude du Samu.
 Les conséquences de ce mouvement ont poussé le responsable du centre 15 de Rennes à lancer un appel à la population pour qu'elle ne recourre aux services d'urgence qu'en cas de réelle nécessité. « C'est surtout le week-end que nous sommes débordés, constate le Dr Bertrand Avez, du Samu, et délégué régional de l'Association des médecins urgentistes hospitaliers de France. Nous ne sommes pas capables de répondre aux 3 000 ou 3 500 appels du dimanche, et aux 2 500 à 3 000 appels du samedi, alors que nous en recevons 2 500 normalement. La nuit, nous fonctionnons habituellement avec deux régulateurs, dont un libéral, et le week-end, nous en avons trois, dont deux libéraux. Dernièrement, deux médecins non grévistes sont venus nous aider et SOS-Médecins fait de la régulation en fin de semaine depuis le début de décembre. Mais le seul renfort qu'on ait avec certitude, c'est une secrétaire qui vérifie pendant trois heures tous les numéros des médecins réquisitionnés. Car la liste qu'on nous communique n'est pas très précise. »

 Malgré les avancées observées sur la régulation médicale en Ille-et-Vilaine, avec une gestion conjointe du centre 15 par les libéraux et les hospitaliers depuis janvier 2004 et le financement, au printemps dernier, de l'activité de ces régulateurs libéraux, l'organisation des gardes sur le terrain entre 0 heure et 8 heures reste le sujet qui fâche. L'adhésion réduite des médecins aux astreintes de nuit ne date pas de la grève. En août dernier, l'Adops et le Conseil de l'Ordre estimaient à 65 % les médecins non volontaires pour cette tranche horaire. Constat confirmé par le Dr Avez : « Depuis le printemps dernier, on avait une couverture très réduite, après minuit. Ce qui change en ce moment, c'est que c'est généralisé. Mais on avait pris d'une certaine manière l'habitude qu'à cette heure, après minuit, la plupart des médecins ne répondent pas. »

Deux conceptions.
 La grève lancée par les médecins aura donc eu pour effet de remettre à nouveau sur la table le problème de fond de la permanence des soins. Et l'opposition entre deux conceptions : celle des médecins libéraux qui souhaiteraient que les Smur assurent les visites de médecine générale, notamment après minuit, car les équipes d'urgence « ne sortent quasiment pas, selon le Dr Guillouet, et pourraient tout à fait faire attendre une fracture de fémur si une urgence vitale survient en même temps » ; et les urgentistes hospitaliers qui y sont opposés. Selon le Dr Avez, « nous ne pouvons pas prendre le risque d'être à l'extrémité d'un secteur pour une visite de médecine générale et être appelés pour un infarctus à cinquante kilomètres ».
 Mais avec un arbitre (la préfecture) qui se fait remarquer par son absence, quelle issue attendre du conflit ? Des possibilités de régler le problème existent.

 Des accords sont passés sur certaines villes du département et de la région. Les centres hospitaliers de Vitré et Fougères ont signé une convention avec la Maison médicale de garde pour que le relais soit assuré par les Smurs locaux entre 0 heure et 8 heures. En outre, l'organisation d'un réseau avec sept médecins qui font des visites, naguère contestée, convient aux praticiens libéraux, selon le Dr Guillouet. De son côté, le Dr Avez croit encore aux vertus du dialogue. « Si l'organisation actuelle ne convient pas, trouvons autre chose. La médecine générale ne doit pas abandonner les gardes, car c'est une bonne médecine », dit-il.
En attendant de trouver des solutions localement, le Dr Guillouet place de nouveaux espoirs dans les négociations conventionnelles qui viennent de rédémarrer. « Nous attendons désormais que les syndicats et les caisses s'emparent de la question de la permanence des soins, dès le début de ces discussions », explique-t-il.

> OLIVIER QUARANTE

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