Un risque chez les gros utilisateurs images-copie-12.jpg

La partie française de l'étude INTERPHONE est publiée dans le dernier numéro de la « Revue d'épidémiologie et de santé publique ». L'usage régulier de téléphone portable n'augmente pas le risque de tumeurs du système nerveux central. En revanche, chez les gros consommateurs, le risque de gliomes tend à s'élever.


20 à 30 % de la dose absorbée par le cerveau(Afp)

LA PUBLICATION de la partie française de l'étude INTERPHONE ne suffira sans doute pas à clore le débat sur les dangers de la téléphonie mobile.
«Nous n'avons pas montré l'existence d'un excès de risque significatif associé à la consommation téléphonique portable pour les trois types de tumeurs étudiés», soulignent les auteurs dans la « Revue d'épidémiologie et de santé publique » (n° 5, octobre 2007). L'étude a inclus en France 490 patients malades (160 gliomes, 190 méningiomes et 140 neurinomes) et 639 témoins tirés au sort sur les listes électorales.
Elle montre que l'usage régulier du téléphone mobile n'est pas associé à une augmentation du risque de tumeurs du système nerveux central.
En revanche, elle suggère la possibilité d'une élévation du risque de gliome chez les plus «gros consommateurs» de téléphone mobile.

Les sujets atteints de gliome sont plus nombreux que les témoins à passer des appels longs – plus de 5,5 min en moyenne (21,9 % des cas et 13,5 % des témoins) ; ils sont aussi plus nombreux (odds ratio de 1,79, non significatif) à avoir des durées cumulées de communication dépassant 260 heures, l'usage d'un kit mains libres ayant peu d'influence sur le résultat ; l'OR est également supérieur à 1 (1,96, non significatif) lorsque l'utilisation est supérieure ou égale à 46 mois. Enfin, le risque brut est significativement plus élevé chez ceux qui ont utilisé au moins deux téléphones mobiles (donnée qui peut être corrélée à un usage plus ancien du téléphone mobile).

    Sans que les résultats ne soient statistiquement significatifs, il semble donc bien exister une «tendance générale à une augmentation du risque de gliome» lorsque l'exposition au téléphone mobile est importante.

    Les résultats de l'étude française sont cohérents avec ceux déjà publiés pour d'autres pays. L'étude INTERPHONE est en effet une étude multicentrique coordonnée par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), mise en place par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en 1999 dans treize pays. En France, elle a débuté en juin 2000, avec les premiers recrutements, essentiellement des personnes âgées de 30 à 59 ans domiciliées dans la zone urbaine de Lyon et en Ile-de-France.

    Apparus en France en 1992, les téléphones mobiles font aujourd'hui partie intégrante du quotidien des Français, qui sont 48 millions à s'être abonnés. Cinq ans avant l'étude, seulement 12 % de la population était utilisatrice. La France, comme le Danemark ou le Japon, figure parmi les pays où les utilisateurs de longue durée (plus de dix ans) sont peu nombreux. Ce qui explique certaines divergences avec les données d'autres pays, comme la Suède, ou avec l'analyse combinée des données des cinq pays du nord de l'Europe (Danemark, Finlande, Norvège, Suède, Royaume-Uni), qui ont très tôt bénéficié, en dehors du Danemark, d'un réseau de téléphonie mobile et dont les résultats ont montré un surrisque significatif de survenue de neurinomes.

    Recul insuffisant. Pour ces tumeurs à croissance très lente, «le recul nécessaire est encore insuffisant», soulignent les auteurs de l'étude française. Outre la question récurrente de la mesure de l'exposition qui, dans l'étude INTERPHONE, est évaluée à partir de la consommation déclarée par les participants et ne traduit pas l'exposition réelle aux radiofréquences émises par les téléphones portables, les données par pays souffrent d'un manque de puissance statistique qui ne pourra disparaître qu'avec la publication globale des résultats.

    En attendant les résultats des études épidémiologiques, le lien potentiel entre les radiofréquences émises par les téléphones mobiles et certaines tumeurs du système nerveux central fait toujours l'objet de controverses. Cependant, les études expérimentales n'apportent pas d'arguments définitifs en faveur de cette hypothèse. La plupart des études chez l'animal n'ont pas montré d'augmentation des tumeurs chez des souris exposées. L'hypothèse de génotoxicité n'est à ce jour pas la plus plausible. La majeure partie des ondes reçues (400 Mhz-2100 Mhz) est absorbée par les cellules des organes situées à proximité immédiate du récepteur, au niveau de l'oreille. Seulement de 20 à 30 % de la dose est absorbée par le cerveau, la majorité l'est par la peau, la glande parotide et l'oreille. Le débit d'absorption spécifique (DAS) ne doit pas dépasser 2 W/kg (watts par kilogramme), une norme appliquée depuis 2003.


> Dr LYDIA ARCHIMÈDElogoqdm.gif
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :