Publié par Formation Médicale Continue

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Laisser les médecins s'installer où ils le veulent, comme aujourd'hui, ou bien dans les régions qui en ont besoin ?
La question est au coeur de la grève des internes en médecine, ce vendredi.

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  À l'instigation de leurs syndicats, les internes en médecine organisent, ce vendredi, une grève qui ne devrait cependant pas perturber les soins dans les hôpitaux.
    Ils veulent avec ce coup de sang marquer fermement leur volonté de défendre la liberté d'installation des praticiens, l'un des trois piliers de la médecine libérale à la française, avec le paiement à l'acte et la liberté de prescription.
       
    En fait, les internes sont l'avant-garde revendicative d'une corporation de médecins prise à revers par les objectifs affichés de Nicolas Sarkozy.
Ce Président dont elle avait très majoritairement soutenu la candidature s'est en effet mis en tête l'idée d'implanter les médecins là où on en a besoin et non plus là où ça leur fait plaisir d'être.
Bref, il voudrait commencer à corriger les flagrantes inégalités d'accès des Français aux professionnels de la santé.

Inégalement répartis
    Vaste chantier, souvent esquissé, jamais réalisé. Ce n'est pas qu'on manque globalement de toubibs a priori. On n'en a jamais eu autant : 215 000, moitié généralistes, moitié spécialistes.

    Le hic, c'est qu'ils sont très inégalement répartis. Grosso modo, ils préfèrent le Sud au Nord, la ville à la campagne, Paris à la Basse-Normandie.
Pour compliquer un peu plus l'équation, certaines spécialités (anesthésistes en tête) sont au bord de la pénurie.

Un puissant lobby à contourner
    Mais comment contourner le puissant lobby médical ? En prenant la voie inaugurée par les infirmières, propose le Président.
D'un côté, on favoriserait, par des mesures incitatives (financières, etc.), l'installation dans les zones rurales sous-dotées en professionnels.
De l'autre, on dissuaderait l'implantation des jeunes dans les zones déjà trop richement médicalisées.
En bridant les nouveaux conventionnements de médecins par exemple.
Autant dire que Nicolas Sarkozy a placé la barre initiale assez haut.
Le débat ne fait que commencer.


P.B.



Gaby Bonnand, pourquoi la CFDT juge-t-elle nécessaire de limiter la liberté d'installation des médecins ?
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Gaby Bonnand est secrétaire national de la CFDT, en charge des dossiers de protection sociale

En France, la densité médicale peut varier d'un à quatre entre le Nord et le Sud.
En Mayenne, par exemple, il y a 205 médecins généralistes pour 100 000 habitants, contre 843 à Paris.
La répartition des spécialistes se pose en des termes souvent comparables.
Cette inégalité d'accès n'est pas (plus) acceptable dans notre pays. Sans tomber dans une régulation mécanique, il faut donc intervenir sur l'implantation des professionnels.
Le Président a fait une avancée nouvelle et significative, mais il faudrait aller plus loin, en intégrant et en affichant de manière très claire les missions de service public (permanence des soins, prévention, équité territoriale, etc.) dans ce débat de la démographie médicale.
Mais on ne pourra jamais imposer à un jeune médecin de s'installer à tel ou tel endroit contre sa volonté ?
    N'oublions pas que la formation des médecins est assumée en partie par l'impôt, la ressource collective. Les jeunes médecins sont redevables de cet effort de la Nation. Il ne serait donc pas choquant qu'on leur demande, en contrepartie, de consacrer une partie de leur carrière - 5 ans ? 10 ans ? ça se discute - à la satisfaction de besoins collectifs, dans les hôpitaux, mais aussi en médecine ambulatoire, en ville ou en zone rurale.
    Il faudra des arguments concrets face à une médecine solidement revendiquée comme libérale ?
    Un système purement libéral, générateur de déserts médicaux, serait une catastrophe pour les Français. On n'en veut pas. Il doit y avoir une voie entre libéralisme et étatisme qui réponde aux attentes des médecins qui s'installent en zones médicales déficitaires. Il faut agir sur les pratiques médicales, favoriser le travail collectif des cabinets, en y intégrant mieux les professions paramédicales.

Il faut aussi agir sur les rémunérations.
Le paiement à l'acte n'est plus suffisant. Les missions de service public doivent être prises en compte à leur juste valeur.
Cela peut se négocier.
Recueilli par
P.B.
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