Publié par FMI - FMC

La pensée critique en médecine, une nécessité,  image_1-3.png
par Christian Funck-Brentano, Michel Rosenheim et Serge Uzan


                Le 22 février 2006, des représentants des étudiants en médecine ont obtenu du ministère de l'enseignement supérieur la "suspension" de l'épreuve de lecture critique d'articles (LCA) devant compter, à partir de 2008, pour la note finale de l'examen classant national (ECN), qui a remplacé l'ancien internat en médecine. Dont acte, l'épreuve de LCA ne sera pas inscrite à l'ECN 2008.

                Mais si cette suspension devait aboutir à un retrait pur et simple de cette épreuve, une réforme "intelligente" des études de médecine depuis des décennies aurait lamentablement échoué.

                La pratique de la médecine requiert des qualités multiples dont l'intelligence n'est pas la moindre, mais les études médicales ne développent pas l'intelligence critique.

                La tyrannie des programmes, les nécessités d'une formation à finalité opérationnelle et le volume insensé des connaissances à acquérir dans un laps de temps finalement court, malgré la longue durée des études médicales, contraignent les enseignants à cibler l'apprentissage et la gestion de connaissances et de compétences plutôt que la réflexion critique sur ces notions.

               Cette réflexion est supposée venir plus tard, notamment dans le cadre de la formation continue mais elle est, en pratique, peu enseignée. C'est donc bien durant les études médicales qu'il faut initier les futurs praticiens à l'art de la critique.

            Plus que tout, l'apprentissage de la lecture critique d'articles est le fondement de la sélection de l'information médicale, enjeu majeur de la pratique qui, contrairement à ce qu'avancent certains étudiants, n'est pas destiné à une élite universitaire et scientifique mais bien à la masse des praticiens de santé, en particulier en ville.

            La critique de l'information médicale, socle de l'amélioration des pratiques, est nécessaire aux médecins pour ne pas se laisser submerger par les messages issus du marketing.

                Les professionnels de l'information sont passés maîtres dans l'art du détournement des résultats des études sur lesquelles se fondent nos pratiques et nos décisions.
    Seul un apprentissage personnel permettra aux professionnels de santé de prendre la vraie mesure des résultats des articles.

            Il est donc fondamental que l'épreuve de LCA soit inscrite à l'ECN et pas seulement enseignée comme une matière du deuxième cycle des études médicales.

            L'expérience passée nous a appris que si une matière n'est pas inscrite au programme de l'internat, les étudiants, dont on comprend le nécessaire pragmatisme, la travaillent moins.

    Bien sûr, il faut encore oeuvrer pour améliorer l'organisation de la formation à la lecture critique. Mais supprimer cette épreuve de l'ECN serait faire le jeu des intérêts commerciaux, voire à l'occasion des intérêts politiques, qui visent à faire des médecins les instruments dociles de décideurs occultes.

            L'université n'est pas seulement une école professionnelle. Elle est aussi le lieu de l'apprentissage de la pensée critique. Les médecins ne sont pas destinés à être des officiers de santé, qui deviendraient vite des sous-officiers appliquant des règles et procédures qu'ils n'auraient plus besoin de comprendre.

           La critique d'articles ne doit pas être un exercice de style destiné à une élite universitaire qui, seule, apprendrait à interpréter les résultats des recherches thérapeutiques, diagnostiques et épidémiologiques pour en saisir les implications vraies et les limites. Renoncer à l'épreuve de LCA à l'examen classant national serait quelque part un signe de l'acceptation du déclin de la responsabilité médicale.
 
Christian Funck-Brentano et Michel Rosenheim sont professeurs à la faculté de médecine Pierre-et-Marie-Curie ;Serge Uzan est doyen de la faculté de médecine Pierre-et-Marie-Curie, Paris VI.

Article paru dans l'édition du 10.03.07
"Le Monde"

Nombre de postes à  l'ECN

Image-3.png
Epreuves Classantes Nationales
www.remede.org


L'exercice médical Déséquilibres et inégalités

Article publié le 13 Juillet 2007
Par Michel Delberghe
Source : LE MONDE


Extrait :

Trop de médecins dans le Sud, pas assez dans le Nord : à cette inégalité régionale s'ajoute le déséquilibre entre spécialités.

    Pourtant, la France n'a jamais eu autant de généralistes et de spécialistes.

    Mais les départs à la retraite vont contraindre les autorités publiques et sanitaires à réorganiser l'accès aux soins.

    C'est un curieux paradoxe.

   La France n'a jamais compté autant de médecins - pas loin de 213 000 praticiens en exercice, généralistes ou spécialistes, libéraux et salariés.

Soit 90 % de plus qu'il y a trente ans.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :