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DÉTRESSE
Une étude de l'Urml Ile-de-France présentée mercredi confirme que le syndrome d'épuisement professionnel guette un médecin sur deux. Les généralistes sont en première ligne : célibataires, gros bosseurs et ceux qui multiplient les visites étant les plus à risque. Depuis deux ans, une ligne téléphonique recueille les S.O.S. des praticiens victimes. Son premier bilan milite pour une extension du dispositif.



Le burn-out, ça n'arrive pas qu'aux autres !


Ça se confirme. Trois études menées par le sociologue Didier Truchot pour le compte des Urml de Bourgogne, Poitou-Charentes, et Champagne-Ardenne, avaient déjà permis de mesurer l'ampleur pris par le syndrome d'épuisement professionnel ou burn-out syndrom chez les médecins libéraux, en établissant que 47 % d'entre eux en étaient atteints. A son tour, l'Urml Ile-de-France a voulu évaluer la situation en région parisienne, connaître les principaux facteurs déclenchants, et émettre quelques solutions qui permettraient de prévenir le mal. Ce faisant, l'union francilienne ne découvre pas le problème auquel elle a déjà apporté une réponse en soutenant, il y a deux ans, l'initiative de l'Association d'aide professionnelle aux médecins libéraux (Aapml), présidée par le Dr Régis Mouriès. Cette dernière a créé une ligne d'écoute anonyme et gratuite, accessible 24 heures sur 24 par un numéro Vert : 0826.004.580.


Une douzaine de psychologues cliniciens de la société Psya sont à la disposition par téléphone des médecins au bout du rouleau (voir ci-contre). « Ce n'est pas une énième étude que fait aujourd'hui l'Urml Ile-de-France, souligne le D Eric Galam, médecin coordinateur de l'Aapml. Ce n'est pas une simple analyse de la situation, c'est aussi une façon de demander aux médecins libéraux ce qu'ils pensent et ce qu'ils proposent pour lutter contre le burn- out. Personne n'a envie de s'avouer atteint –”Si je suis malade, et malade de mon métier, c'est encore pire”–, on en parle entre deux portes. Cette étude constituait donc, à côté du numéro Vert, un autre mode opératoire, et une façon de lever un tabou. Outre sa finalité épidémiologique, elle a aussi un objectif institutionnel : il faut que les pouvoirs publics se saisissent de ce problème de santé publique. »

 


Le profil des praticiens victimes


Les résultats de l'étude devraient les y inciter fortement : 53 % des médecins libéraux franciliens se déclarent spontanément menacés par le burn-out. Autre signe qui ne trompe pas quant à l'importance du problème : la forte participation des médecins à l'étude. Sur un échantillon de 10 000 médecins libéraux, représentatif de la profession en Ile-de-France, 2 360 questionnaires ont été retournés ; 117 incomplètement renseignés ayant dû être écartés, l'analyse a donc porté sur 2 243 questionnaires exactement. Avec un taux de retour de 23,6 %, l'Urml dit avoir battu ses records, ses précédentes enquêtes ayant enregistré des taux de réponses qui oscillaient entre 8 et 16 %. L'échantillon de répondants (37 % de femmes et 63 % d'hommes), d'un âge moyen de 53 ans, se compose de 42 % de généralistes, 53 % de spécialistes et 5 % de médecins à exercice particulier (Mep). La majorité d'entre eux exercent en secteur I (56 %) et en cabinet de groupe (52 %), la plupart faisant entre 3 000 et 6 000 actes par an.

Les médecins qui se disent menacés par le burn-out sont surtout des généralistes (60,8 %), de secteur I (57,4 %). C'est entre 45 et 50 ans que les praticiens sont les plus exposés à cette menace (57,5 %), et lorsqu'ils sont célibataires (66,3 %).
        La menace d'épuisement varie en fonction du volume d'activité, du nombre de visites à domicile, et de l'organisation du travail, le plus fort taux de médecins menacés de burn-out se recrutant parmi ceux qui effectuent plus de 6 000 actes par an (64,6 %), pour lesquels les visites constituent plus de la moitié de l'activité (69 %), et qui consultent sans rendez-vous (60,4 %). Enfin, le burn-out semble respecter la parité, à peu de chose près : 52,2 % de femmes et 53,7 % d'hommes se disent menacés.

    Invités à se prononcer sur les raisons du burn-out, les médecins répondants au questionnaire de l'Urml ont fait montre d'une belle unanimité : l'excès de paperasserie arrive largement en tête (95,6 %) des « coupables ».
Puis viennent la non-reconnaissance de l'action du médecin (90,1 %),
la charge de travail trop lourde (89,1 %),
l'augmentation des contraintes collectives (88,6 %), l
a longueur des journées de travail (85,3 %) et
l'exigence des patients (84,1 %).

Et lorsqu'on leur demande quelles sont les causes qui les concernent personnellement, les pourcentages faiblissent, mais le palmarès reste à peu de choses près le même : l'excès de paperasserie (63 %), l'augmentation des contraintes collectives (45,6 %), la non-reconnaissance de l'action du médecin (45 %), la longueur des journées (42,4 %) et le manque de temps consacré à la vie privée (41 %).

La paperasse au banc des accusés

« Il est tout à fait significatif que les premiers items retenus par les médecins concernent la vie professionnelle, et sous son aspect administratif, commente Eric Galam. Dans les nombreux commentaires (2 724) que les médecins nous ont renvoyés, c'est une constante. “Mon métier est d'être médecin, pas administratif”, est, en substance, ce qu'on retrouve le plus fréquemment exprimé. Cela signifie qu'il faut s'intéresser au médecin pour lui-même, qu'on ne peut pas tout lui demander, et que le burn-out n'est pas une affaire personnelle, mais collective. »

    Quelle parade trouvent les médecins qui disent se sentir menacés de burn-out ?
Ils consomment plus d'alcool et de tabac que leurs confrères (14,6 % versus 3,5 % chez les médecins non menacés), plus de médicaments (15,7 % contre 5,1 %), ont davantage recours à un psychothérapeute (17,3 % contre 10,8 %), et… partent moins en vacances.

    Les conséquences de l'épuisement professionnel selon eux ?
La diminution de l'accomplissement personnel (90 %), la dégradation de la relation médecin-patient (85 %), et l'altération de la qualité des soins (84,8 %). « L'évolution vers un état dépressif majeur, avec le suicide comme seule issue. Personnellement, j'y pense de plus en plus », a écrit un des médecins répondants au questionnaire. Quatorze ont évoqué la dépression grave, dont sept le suicide. D'autres évoquent l'envie de changer de métier, de se reconvertir dans le salariat ou d'anticiper leur retraite. « Dès que je peux, je m'arrête et j'incite mes deux enfants étudiants en médecine à exercer dans un autre pays. » « Je pense que je partirai en retraite plus tôt que prévu, c'est-à-dire dès que possible, et en attendant, je pense réduire progressivement mon temps de travail. »


Le plaidoyer de l'Urml


Parmi les solutions proposées par le questionnaire de l'Urml Ile-de-France, l'amélioration de la protection sociale des médecins arrive en tête (97,2 %).
    Arrivent ensuite une meilleure définition de la nature et des limites de la responsabilité médicale (95,6 %), et une prise en compte du médecin pour lui-même (93,2 %). A la suite de cette étude, l'Urml Ile-de-France fait des recommandations. « Il nous paraît important de diminuer le délai de carence de la Carmf en cas d'arrêt de travail, insiste Régis Mouriès, le président de l'Aapml. Pour limiter la judiciarisation de la relation médecin-patient, il faut promouvoir les commissions de conciliation mises en place au sein des conseils départementaux de l'Ordre des médecins. Il faut absolument assouplir les règles du remplacement et, notamment, permettre, au cas par cas, les remplacements multiples en médecine générale. Enfin, les conditions de travail des médecins doivent être améliorées par un certain nombre de mesures. Par exemple, à Paris, un numéro de téléphone dédié relie directement le cabinet du médecin au commissariat : pourquoi ne pas étendre à toute la France ce dispositif qui contribue à la sécurité ? Pourquoi la circulation dans les couloirs de bus est-elle autorisée aux médecins dans Paris, mais pas en banlieue ? Pourquoi des guichets dédiés aux professionnels dans certaines administrations, notamment la Poste, n'existent-ils pas partout ? Ce sont autant de mesures concrètes susceptibles d'alléger les conditions de travail des médecins. Nos propositions sont d'ailleurs plébiscitées par les médecins ; ce n'est pas de l'argent qu'ils réclament ! »


Autant de solutions qu'Eric Galam résume
d'une formule assez efficace : « Il faut plutôt aider le médecin que l'emm... ! »

Par le Dr Eric GALAM (médecin généraliste, maître de conférence de Médecine générale
à l’Université Paris VII, département de Médecine générale – Site Bichat – 75018 Paris.
Coordonnateur de l’Association d’Aide Professionnelle aux Médecins Libéraux).


Burger/Phanie - DR
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Vous pouvez télécharger sur legeneraliste.fr  le dossier Fmc n° 2400 enformat pdf consacré au burn-out des médecins libéraux et vous testervous-même en ligne.
N°2417 du 29/06/2007     Dossier réalisé par Catherine Sanfourche
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